Art Meeting N°1 : Comment évaluer une photographie ?

Conseils
Art Meeting N°1 : Comment évaluer une photographie ?

Synthèse de notre premier Art Meeting dont le premier volet a été dédié aux différents types de tirage.

Nos invités « experts » du 17 avril 2018 : Sylvie Hugues, Gil Rigoulet et Jean-Christophe Béchet 

NB : En cliquant sur le nom des intervenants, vous accédez à leur site internet.

Cette synthèse a été réalisée à partir de sources disponibles et des échanges de nos experts, notés dans les "avis". L'avis de galeriste n'engage que moi-même, Nathalie Atlan Landaburu, gérante de la galerie HEGOA. Ce compte-rendu n'a pas la prétention d'être exhaustif, ce sont des notions de bases et des conseils pour mieux évaluer une photographie.

Définition d’un tirage :

Comme la photographie est un médium duplicable, le marché a naturellement instauré des règles destinées à hiérarchiser les images selon leur degré de rareté.

Dans ce contexte, le tirage entre dans la catégorie "œuvre d’art" sous certaines conditions, notamment en France :

  • Il est tiré par le photographe ou sous son contrôle,
  • Il est signé (au dos ou au bas du tirage)
  • Il est numéroté jusqu’à 30 exemplaires en France selon la législation fiscale appliquée aux artistes (facultatif à l’étranger).

Avis d'experts : plus le nombre de tirages est faible, plus l'image est rare et plus sa valeur augmente. La tendance est à numéroter sur des chiffres impairs : 1,3, 5, 7 ou 9.

On distingue les tirages selon la date d’édition et l’origine du négatif.

Le tirage vintage, tirage contemporain à la prise de vue, fait par le photographe ou sous son contrôle direct.

Généralement utilisées pour des publications ou des expositions, ces épreuves comportent souvent des accidents (pliures, traces de doigts, angles émoussés...) dûs aux manipulations. Considérés par les photographes comme des documents de travail, leur conservation a été bien souvent négligée. Depuis les années 1970, avec le développement du marché de la photographie, les tirages «vintage» sont devenus des objets de collection très prisés des musées et des amateurs.

Avis de galeriste : Un vintage signé, quelque-soit le nombre de tirages par la suite, est toujours une pièce unique.

© Pierre de Vallombreuse - Peuple Maya Chiapas, Mexique - Tirage argentique  vintage -1998

 

Le tirage original fait à partir du négatif original, mais qui peut être fait postérieurement par le photographe ou sous son contrôle.

Ces épreuves peuvent alors être de bien meilleure qualité. En général le photographe mentionne la date de prise de vue, la date de création de l’épreuve, le nom du tireur, éventuellement l’appartenance à une série, et s’il le décide une numérotation. Il y appose souvent son cachet et dans tous les cas sa signature.

Avis d'experts : L'image n'est conforme à la démarche du photographe que si le tirage est effectué par lui-même, sous son contrôle ou celui d’une personne garante de son travail.

Le contretype, obtenu à partir d’une épreuve photographique re-photographiée.

 

© Claude Azoulay - Serge Gainsbourg en famille 5 bis rue de Verneuil - 1976
Tirage original argentique sur cartoline barytée exécuté par Michèle Maurin en 1997

 

Les différents types de tirage :

DAGUERREOTYPE

Le daguerréotype est un procédé photographique mis au point en 1839 par Louis-Jacques-Mandé Daguerre à partir de la découverte de l'héliographie par Nicéphore Niepce. Ce procédé photographique a permis, pour la première fois, de fixer les images à l'aide d'eau chaude saturée en sel marin.

Le grand avantage du daguerréotype est sa capacité à afficher l'image de façon permanente, résistant ainsi aux affres des expositions au soleil.  Il est constitué d'une plaque de cuivre recouverte d'une couche d'argent , elle-même sensibilisée à la lumière par des vapeurs d'iodes. Le temps d'exposition s'étend de 20 à 30 minutes et le développement de l'image s'effectue en la positionnant au-dessus d'un récipient contenant du mercure chauffé à 75 °C. Pour terminer la photographie, il faut la plonger dans une solution d'hyposulfite de soude.

Plus tard, d'autres procédés photographiques moins complexes prendront le relais, comme l'ambrotype, le ferrotype ou par l'albumine.

Avis d'experts : Le daguerréotype reste aujourd'hui un objet très recherché par les collectionneurs passionnés par les procédés anciens et de nouveaux photographes contemporains utilisent à nouveau ce procédé.

 

 

COLLODION HUMIDE

Le collodion humide est une technique complexe à l’origine de la photographie développée il y a 150 ans par le Français Gustave le Gray, qui fut le premier à remplacer l'albumine par le collodion pour fixer l'émulsion sur le verre.

La difficulté du procédé demande beaucoup de patience et de passion. La lumière, la température et le temps d’exécution réclament de nombreuses heures de travail et de préparation. Le résultat n’est jamais garanti. Chaque pièce est unique, et dans ce procédé, la perfection n’existe pas.

Avis de galeriste : La « perfection dans l’imperfection » fait le charme de ces images intemporelles. Grâce au scanner, la plaque peut être numérisée et l'image reproduite sur différents supports comme le Chromalux.

© Bernard Testemale - série Art of Ride - Hispano Suiza - Collodion humide tiré sur Chromalux 

HELIOGRAVURE

L’héliogravure est basée sur le principe photochimique qui consiste à graver sur une plaque de métal une image, à l’aide d’une réaction chimique provoquée par la lumière du soleil, d’où son nom héliogravure.

De nos jours, le procédé photochimique est délaissé au profit d’une technologie plus moderne et plus efficace. L’image à reproduire est traduite en point de trame, puis gravée sur un cylindre en cuivre, qui servira de forme imprimante.

En héliogravure, la forme imprimante est gravée de minuscules alvéoles à surfaces identiques mais de profondeurs différentes. De cette profondeur dépendra l’intensité de l’encre projetée sur le support. Contrairement à la flexographie où la forme imprimante constituée du cliché est en relief, l’héliographie est une gravure en creux.

Avis de galeriste : l’héliogravure rend les tirages très denses, avec une dimension un peu mystérieuse. 

 © Sophie Le Roux - Série "Le Jazz au bout des doigts" - Heliogravures - Exposition septembre 2017

CIBACHROME

Le procédé cibachrome fait partie des procédés de tirage argentique qui permettent de réaliser une épreuve sur papier à l’aide de trois couches émulsionnées, chacune sensibilisée en fonction d’une des trois teintes de la synthèse additive et contenant la teinte complémentaire de la synthèse soustractive. Le Cibachrome, aussi appelé Ilfochrome se caractérise par sa stabilité dans le temps, la netteté de l’image et l’intensité des couleurs.  L’utilisation de ce procédé s’est répandue plus largement à partir de 1963.

Avis d'experts : les Cibachrome sont des "vintage rares" car la technique n’existe plus. Les couleurs sont claquantes avec une prédominance de rouge. 

 
© Melba Levick - Série Gaudi tirée sur Cibacrhome - 1996

 

ARGENTIQUE - GELATIN SILVER

Un tirage gélatino-argentique est produit sur une feuille de papier recouverte d’une émulsion de gélatine contenant des sels d’argent sensibles à la lumière. On distingue deux types : les tirages RC ou plastiques (le papier RC a été beaucoup utilisé pour des tirages de lecture ou par les agences pour des tirages prêtés à la presse pour reproduction) et le tirage FB ou tirage baryté, plus noble qui contient du sulfate de baryum et des fibres de bois.Le  papier "enregistre" une image latente qui ne devient visible qu’une fois développée dans un bain chimique, le révélateur.

Avis d'experts : Les tirages argentiques faits sous l'agrandisseur par un tireur, sont d'une certaine manière uniques car il y a une intervention humaine et que chaque tirage d'une même image peut différer légèrement d'un autre. Les tirages argentiques réagissent à l’humidité et à la chaleur. Ils « bougent » un peu et c’est là tout leur charme. On pourrait presque dire qu'ils sont vivants".

 © Nicolas Auvray - Série "Attractions nocturnes" -  Tirage argentique réalisé par l'auteur 
dans son laboratoire à New York.

 

VIRAGE SELENIUM

Le virage au sélénium est utilisé pour augmenter le contraste d’un tirage argentique, améliorer la conservation des images ou modifier la tonalité d’un tirage suivant le type de papier utilisé. Il donne également une très belle profondeur aux noirs.

Suivant la richesse en chlorure d’argent, on obtiendra soit une augmentation légère du contraste avec un très faible changement de la tonalité, soit des colorations différentes. Les changements de colorations apparaîtront avec les papiers à tons chauds plus riches en chlorure d'argent. Les effets sont également fonction de la dilution de la solution employée pour le virage et de la température.

La réaction du sélénium sur les halogénures d'argent de l'impression renforce l'adhérence de l'image sur le papier. Ainsi, la formule améliore la stabilité chimique de l'impression, sa fixité et ses facilités d'archivage, tout en définissant son aspect. 

Avis d'experts : le virage sélénium donne un ton plus « chaud » aux images.

 © Gil Rigoulet - Série "Molitor 85" -  Tirage argentique viré sélénium

TIRAGE FRESSON

Il existe en France un atelier de tirage au procédé charbon direct dirigé par Michel FRESSON et son fils Jean-François, petit-fils et arrière-petit-fils de l'inventeur, effectuant des travaux de renommée mondiale pour les musées photographiques, les archives nationales, les collectionneurs, certains photographes adeptes de nouvelles voies d'expression ou réalisateurs de commandes publicitaires.

Les tirages au procédé charbon sont effectués avec la nuance de pigment désirée, mais principalement au noir d'ivoire, sur support lisse ou vergé ou aquarelle.

Le tirage s'effectue directement d'après le négatif noir et blanc original de format compris entre le 24 x 36 mm ou un plan-film 13 x 18 cm,  c'est valable pour le N&B mais c'est aussi un procédé qui permet le tirage d'après diapositive couleur voire négatif couleur.

Avis d'experts : Le photographe ne peut pas contrôler complètement le tirage Fresson car la recette est tenue secrète, il ne peut pas assister à toutes les étapes de sa réalisation. Le tirage Fresson ne convient pas à toutes les images car il possède un rendu très pictural. 

 © Sandrine Rousseau - série "Sand and stone" - tirages Fresson en vitrine - expo juin 2016

NUMERIQUE

Le tirage numérique est produit par un fichier numérique (ou le scan d’un négatif) avec une imprimante soit à encres à colorants, soit à encres pigmentaires d'origine organique. Les molécules de ces pigments sont plus résistantes à la lumière, à l'humidité et aux gaz (l'ozone entre autres) que les pigments à colorants. 

La qualité de l’image numérique dépend du nombre de pixels, surtout dans le cas de grands formats.

Avis de galeriste : Un tirage numérique à encres pigmentaires entre tout à fait dans la catégorie « œuvre d’art » et se conserve très bien dans le temps.

 © Eric Bénard - Phonographe - série "Marguerite Duras" - tirage numérique sur papier coton

 

Les différents supports :

PAPIERS BARYTES

Le papier baryté est à l’origine un papier photo destiné au tirage argentique en noir et blanc. C’est un support épais qui offre une surface glacée très lisse et un blanc obtenu à partir de sulfate de baryum (ou baryte) qui garantit une plus longue longévité des tirages, sans jaunir. Il est aussi utilisé pour les tirages numériques.

Avis de galeriste ce sont des papiers parfaits pour les tirages noirs et blancs avec prise de vue argentique. il sont souvent utilisés pour les tirages numériques, notamment pour les contre-collés.

 © Michel Giniès - Barbara à L'Olympia en 1972 - Tirage sur papier baryté

PAPIER COTON

Le papier coton (tel que le célèbre papier Hahnemühle) est le grand classique pour la réalisation de tirages d’art noir & blanc et couleurs. Le couchage de ce papier permet une excellente netteté de l'image. 

Avis de galeriste : c'est un papier idéal pour mettre en valeur les dégradés de gris. Il convient très bien aux tirages numériques avec un effet velouté. Sans la protection d'une vitre, ils sont en revanche très fragiles.

 © Yvan Travert - série "Fraternité" - Moine novice - encres pigmentaires sur papier coton 

PAPIER JAPONAIS

Reconnu comme patrimoine immatériel de l’Unesco, la papier japonais, appelé « washi » au Japon, est issu de la fibre de murier. Cette méthode serait née au Japon il y a 700 ans, Les papiers peuvent être lisses, texturés ou avec des inclusions.

Avis de galeriste :  le papier japonais, très texturé, apporte une délicatesse unique aux images.

 © Gilles Molinier - série "Arborscence" - encres pigmentaires sur papier japonais

SUBLIGRAPHIE

La Subligraphie est une technologie de reproduction d'images de très haute qualité à chaud sur des matériaux durs, comme l’aluminium, apprêtés de plusieurs couches de vernis polyester. Il est l'un des procédés les plus durables et très résistant.

Avis de galeriste : la subligraphie donne une profondeur est un éclat inégalés aux images. C’est un support durable, tout à fait adapté pour l’extérieur ou les espaces humides.

 

© Genaro Bardy - série "Ville déserte" -  photo et tirage numérique tirée en subligraphie

Conclusion :

Il n'existe pas de tirage ou de support idéal même si l'argentique est considéré comme plus noble et les images réalisées avec les procédés anciens sont rares. C'est au photographe de choisir le tirage et le support adaptés à ce qu'il veut transmettre et aux émotions qu'il veut partager.

La tendance du marché favorise les tirages limités pour augmenter le caractère unique et précieux des images.

 Ouvrage recommandé par Sylvie Hugues :

"Connaître et conserver les photographies anciennes" de Bertrand Lavédrine Editeur : Comité des travaux historiques et scientifiques 




Article publié le Mercredi 18 Avril 2018 par Alice Girard