ART MEETINGS : Dialogue avec Alice Ensabella, Historienne d'Art Contemporain

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ART MEETINGS : Dialogue avec Alice Ensabella, Historienne d'Art Contemporain

À l’occasion des salons et des foires à Paris en octobre et en novembre, et pour compléter les études que nous diffusons dans cette rubrique, la galerie HEGOA a souhaité engager un dialogue avec une experte en Histoire de l’art contemporain pour aider ses amateurs et collectionneurs à comprendre le marché d’aujourd’hui et son évolution. 

Nous avons interrogé Alice Ensabella, docteur en histoire de l’art contemporain, spécialiste du marché de l’art français de l’entre-deux-guerres qui avait un de ces centres propulseur à Saint-Germain-des-Prés, où nous nous trouvons.

Cet échange se déroulera en 4 rencontres. Voici le fruit de notre premier entretien qui aborde le marché de l'art en général et du rôle des foires.

Bonjour Alice, afin de faire connaissance avec nos lecteurs, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Bonjour Nathalie, merci de m’avoir reçue dans votre belle galerie.

Après une licence et un master en Histoire de l’art, j’ai obtenu mon doctorat en double cursus entre l’Italie et la France. Aujourd’hui j’enseigne Histoire de l’art contemporain à l’Université de Grenoble. Parallèlement je poursuis mon activité de recherche et de commissariat d’expositions à l'international.

Pourquoi, vous qui qui êtes chercheuse en histoire de l'art, passionnée par les œuvres de façon intrinsèque, vous intéressez-vous au marché de l’art ?

Beaucoup d’artistes, en dépit de la qualité de leur travail, ne seraient peut-être pas dans les livres d’histoire de l’art ou accrochés aux murs de musée si leur œuvre n’avait pas été remarquée et soutenue par un galeriste ou par un collectionneur-mécène.

Il est donc essentiel pour l’histoire de l’art de prendre en considération le rôle joué par ces acteurs fondamentaux du système artistique.

L’étude des questions marchandes liées à des objets auxquels nous attribuons une valeur plus culturelle que matérielle a été longtemps rejetée par notre discipline.

Pendant ces dernières années la communauté scientifique montre non seulement une ouverture à ce genre de problématiques, mais un intérêt croissant et cherche de plus en plus un dialogue avec d’autres domaines qui peuvent être concernés par ce phénomène, comme l’économie ou la sociologie.

Complément de la galerie HEGOA :

Nous sommes bien d'accord Alice, d'autant qu'aujourd'hui il semblerait bien que ce soit le marché spéculatif , bien au delà du talent, qui fasse monter la cote d'un artiste ! 

© Michel Giniès - La citrouille de l'artiste japonaise Yayoi Kusama , Place Vendôme .Fiac outdoor

Puisque nous sommes en octobre, avant l’ouverture de la FIAC et des événements périphériques, que pensez-vous de l’influence des foires sur le marché de l’art ? 

Les foires ont aujourd’hui une place centrale dans le système du marché mondial car elles réunissent toutes les principales tendances internationales actuelles.

La foire représente une vitrine incontournable pour les galeries qui peuvent atteindre un large public et qui réalisent une bonne partie de leurs profits en ce genre d’occasions. En tous les cas, pour les plus grandes.

Je pense que dans leur format actuel les foires reflètent aussi un phénomène sociologique, celui d’un public qui préfère acheter dans un "centre commercial" plutôt que dans des petites commerces, en l'occurrence les galeries. C'est donc une situation d’une part stable - où les grands noms émergent, ceux des grandes galeries comme des grands artistes - et de l’autre extrêmement fragile, car les plus petites galeries peuvent se faire remarquer tout comme se retrouver écrasées.

Analyse de Nathalie Atlan Landaburu - Galerie HEGOA 

Pour conforter cette analyse, rappelons les chiffres diffusés par Artprice dans Le Rapport mondial du Marché de l’Art 2018 :

"Si les prix flambent et les plus-values potentielles attirent un nombre croissant d’investisseurs, le marché de l’art contemporain repose sur un très petit lot de valeurs : Les 500 artistes les plus performants génèrent à eux seuls 89% du résultat mondial."

Ce sont donc les grandes galeries et la poignée d’artistes en vogue qui drainent la croissance de l'art contemporain. Et comme les petits commerçants face aux grandes surfaces, les galeries peinent à maintenir leur chiffre d’affaires face aux mastodontes du marché de l’art.

Il est aussi utile de préciser que pour exposer en foire, les petites galeries doivent se faire accepter par une ligne définie et modelée par les grands acteurs. Quand elles sont acceptées il faut alors absorber le coût d'un stand, ce qui grève fortement leur budget, quand il ne leur est pas complètement inaccessible. Une politique qui sert toujours les grandes galeries au détriment des plus petites. Signalons toutefois les efforts de salons comme "Galeristes" ou "fotover" qui pratiquent des prix de stand plus accessibles et une sélection plus ouverte.

Et comme les amateurs et les collectionneurs sont les acteurs de ce marché, nous les invitons, au delà des foires incontournables, à venir pousser les portes de nos galeries dont l'entrée est gratuite toute l'année ! 

 

Et pour rester toujours en contact avec ceux qui ne sont pas à Paris, la galerie HEGOA vient d'installer un "Chat" sur sa boutique en ligne. 

Lire l’article des Echos pour mieux comprendre le poids des foires et des maisons de vente.




Article publié le Thursday 17 Octobre 2019 par Nathalie ATLAN LANDABURU
Thèmes : foires | galeries | galeristes | Marché de l'art | oeuvres d'art

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